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Apéro Wild-Touch #2 avec Yves Frénot

Par L'Equipe Wild-Touch 3 juillet 2014

Pour la deuxième session des « Apéros Wild-Touch », Yves Frénot, directeur de l’Institut Polaire Français, est venu rencontrer l’équipe Wild-Touch et quelques proches le temps d’une discussion autour du traité de l’Antarctique. L’occasion d’en apprendre plus sur ce traité de paix et de science et sur la gouvernance du continent blanc.

Sous nos yeux, Yves Frénot déroule alors l’histoire d’une collaboration internationale pour la science. En 1957 a lieu une AGI – Année Géophysique Internationale – durant laquelle plusieurs pays partent ensemble explorer le continent blanc. Cette expérience scientifique le temps d’une année a créé un climat de collaboration internationale. Elle aboutit en 1959 par la signature du Traité de l’Antarctique qui préserve cette zone et en fait une terre de paix et de science. « En 1959, il y avait douze signataires, aujourd’hui il y en a cinquante. Le traité gèle les revendications territoriales, interdit les activités militaires, les explosions nucléaires et l’exploitation des ressources, offre la liberté de mener des recherches scientifiques, et demande de mettre à disposition gratuitement le résultat des recherches. La gouvernance de l’Antarctique repose sur une utopie totale, un mélange de bonne volonté, de bonne entente et de philanthropie. Et curieusement ça fonctionne relativement bien, principalement au niveau de l’entraide logistique. La limite se trouve dans les décisions qui sont prises au consensus ce qui constitue un frein énorme. Le Traité sur l’Antarctique présente aussi son point de faiblesse important, il ne lie que ceux qui l’ont signé et il est très facile de s’en retirer. »

Pour comprendre les enjeux de ces zones il faut d’abord en comprendre les différences.

« L’Arctique et l’Antarctique sont deux régions fondamentalement différentes ». Alors que l’Arctique est un océan, l’Antarctique est un continent. Si les deux zones font la même superficie et apparaissent depuis l’espace comme deux étendues blanches, les glaces qui les recouvrent diffèrent totalement. En Arctique ce sont des glaces de mer d’une épaisseur de 5 mètres environ. En Antarctique, la glace de terre atteint jusqu’à 2000 mètres d’épaisseur. Le Pole Nord est une terre habitée depuis plus de 2000 ans et compte aujourd’hui 4 millions de personnes. Le Pole Sud ne possède pas de population permanente, ses visiteurs sont les scientifiques et les touristes, de plus en plus nombreux. La différence entre Arctique et Antarctique réside aussi dans leur mode de gouvernance. Si l’Arctique est gouverné par des pays souverains, l’Antarctique n’appartient à aucun pays et est administré à travers le Traité sur l’Antarctique.

Ancien chercheur, Yves Frénot dirige depuis 2010 l’IPEV – Institut Polaire Français Paul Emile Victor. « Le rôle de l’Institut Polaire Français et d’assurer la logistique et la mise en œuvre de programmes de recherches scientifiques dans les régions polaires. » Nous voilà donc parti pour un voyage dans les Pôles.

19h, l’open space de Wild-Touch se remplit doucement, de nouvelles têtes, des présentations. On se munit d’un appareil photo, d’une caméra, d’un bloc note… Pour l’occasion, des coussins ont été posés sur les caisses de tournage, chacun se fait une petite place. Dans le brouhaha ambiant, Yves Frénot s’équipe d’un micro et se place dans la lumière de la mandarine.

Silence, ça tourne !

La conversation se poursuit autour d’un verre. Comme à chaque fois que l’on parle de ce continent de glace, un même commentaire revient : même si l’on a bien compris qu’une présence humaine trop nombreuse en Antarctique menace son équilibre, on ne peut s’empêcher d’avoir envie d’aller voir !

Une question s’élève du public : faudrait-il sacrifier la recherche pour protéger l’Antarctique ? « C’est une mauvaise idée de mettre l’Antarctique sous cloche. Nous avons besoin d’être sur place pour comprendre les changements en cours notamment dus au changement climatique. » D’autant que l’Antarctique offre encore un grand potentiel de découvertes « Pour la science du climat, l’enjeu aujourd’hui est de parvenir à faire un forage profond pour remonter jusqu’à plus d’un million d’années dans l’histoire du climat. Pour l’astronomie, l’Antarctique permet des conditions d’observation formidables. Les meilleures conditions après l’Antarctique se trouvent dans l’espace ! »

Depuis quelques années, l’Antarctique attire les nouvelles puissances. La Corée, l’Inde, la Chine y sont de plus en plus présentes. Aujourd’hui, la Chine construit sa quatrième base sur le continent blanc. Pourquoi ?

« La montée du nombre de stations en Antarctique est inquiétante du fait de leur impact sur l’environnement, mais aussi des arrières pensées géopolitiques évidentes. »Yves FrÉnot

À propos de l’auteur

L'Equipe Wild-Touch

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