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L'équipe Wild-Touch : portrait d'Anne-Claire Bihan-Poudec, animatrice du Wild-Touch Lab

26 août 2015

Anne-Claire est animatrice du Wild-Touch Lab. Au sein de ce jeune laboratoire d’innovation, elle anime depuis mars 2015 différents ateliers et fédère les nouvelles communautés qui souhaitent s’investir dans des projets collaboratifs.

Peux-tu nous présenter ton métier ?

Je suis animatrice au sein du Wild-Touch Lab, un laboratoire de création artistique et pédagogique autour de l’environnement. Un lieu de conception, d’imagination et de brainstorming ouvert à tous. On travaille sur des projets qui regroupent des personnes de l’extérieur, dans un cadre collaboratif et souvent bénévole, ou sur le projet personnel d’artistes. Nous sommes deux personnes à travailler au sein du Wild-Touch Lab, Audrey, la responsable du lieu et moi même.

Une fois le projet lancé, mon rôle est de fédérer les personnes qui veulent y participer et d’en agréger de nouvelles en fonction des compétences nécessaires.

Les projets du Wild-Touch Lab sont donc sélectionnés autour de trois grands axes : l’art, la science et la pédagogie, thématiques que l’on retrouve dans l’ADN Wild-Touch. On accompagne les protagonistes dans la création de leur projet en leur apportant si besoin le réseau Wild-Touch, nos bonnes idées et en donnant une visibilité au résultat final. Cette visibilité permet aux personnes qui ont participé aux projets du Lab de créer de nouvelles synergies. Par exemple les artistes de l’Orgue Végétale pour “Futur en Seine” ont fait des rencontres lors de l’exposition, ce qui leur ont ouvert des portes pour travailler pour d’autres structures.

L’une de mes missions est aussi d’aller dans des événements pour représenter Wild-Touch ou tout simplement pour découvrir de nouveaux projets, rencontrer des artistes, des pédagogues, d’autres Fablab et structures comme la nôtre qui organisent des projets collaboratifs. Nous étions présents au festival numérique “Futur en Seine” en tant que participants, puis au “Maker Faire” de Saint Malo et Paris en tant que visiteur. Cela nous permet de rencontrer des gens et de les inviter à découvrir le Wild-Touch Lab.

On a avant tout un rayonnement local et on est ouvert pour accueillir des collaborateurs d’autres pays.

Peux-tu nous citer un exemple d’atelier réalisé dans le lab actuellement ?

Nous travaillons sur un jeu innovant et open source, qui sera disponible sur le web, à destination des enfants, des adolescents et de leurs enseignants, pour découvrir l’Arctique face au changement climatique. Les pédagogues pourront le télécharger et le fabriquer en classe de manière très simple. Certaines parties du jeu peuvent être projetées, d’autres fonctionnent avec du son. L’objectif c’est de rendre le jeu vraiment interactif, un peu comme dans un jeu vidéo.

Pour la création de ce jeu de société, un game designer, une illustratrice, une graphiste, un développeur web, une rédactrice pour les contenus éditoriaux, des scientifiques du CNRS et le créateur de jeux de société Florent Toscano (Jeux Opla ont collaboré bénévolement au sein du Wild-Touch Lab.

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Quelles sont les qualités requises pour ce métier ?

Il faut être pluridisciplinaire, curieux, ouvert d’esprit, avoir de l’imagination et croire. C’est à dire donner leur chance à des projets qui n’ont pas l’air incroyables en faisant le pari qu’ils vont le devenir si on y associe d’autres talents. Il faut aussi savoir faire un peu de médiation scientifique pour rendre les choses compréhensibles au plus grand nombre. Être profondément passionné et émerveillé par la nature pour ensuite avoir envie de transmettre le besoin de la protéger en créant de l’émotion chez les gens.

Qu’est ce qui te passionne dans ce métier ?

La rencontre avec des gens passionnés qui sont capable de donner bénévolement de leur temps sur un projet. Cela te motive encore plus pour aider ces personnes à donner vie à leurs idées, peu importe le nombre d’heures que tu y passes. Bien évidement le sujet de l’environnement et de la protection de la nature me passionne. Au delà de ça, j’aime l’ambition que Wild-Touch met dans chacun de ses projets. Au début, cela semble toujours un peu rêveur mais tous ces rêves sont devenus réalité (rire). Cela donne envie d’aller encore plus loin, de repousser ses propres limites, pour être à la hauteur de cette ambition.

Que représente Wild-Touch pour toi ?

C’est une association composée de personnes talentueuses proches les une des autres. Une sorte de famille qui a des envies, des idées un peu folles et en même temps un sérieux et un vrai professionnalisme. Chez Wild-Touch, plus les projets sont utopiques plus tu peux les atteindre. Je n’avais jamais vu ça avant.

Peux-tu nous parler du méta-projet La Glace et le Ciel ?

C’est un méta-projet qui prend écho dans le long métrage La Glace et le Ciel, qui relate la vie du glaciologue Claude Lorius. C’est une sorte de nerf central à coté duquel s'agrègent d’autres projets qui viennent se fédérer autour de cette dynamique artistique, scientifique et pédagogique pour parler du changement climatique.

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Comment le projet multimédia La Glace et le Ciel peut pousser les gens à changer leur mentalité, pour vivre en harmonie avec leur environnement ?

Cela peut déjà sensibiliser et aider à comprendre la plus importante menace que rencontre aujourd’hui l'espèce humaine. Lorsque tu t’appropries l’ensemble des contenus mis à disposition par Wild-Touch, tout est agréable à lire, à voir, entendre, cela fait appel aux sens. Plutôt que d’avoir un discours pessimiste on fait un état des lieux de la situation via des contenus qui donnent plaisir à être regardés ce qui pousse les gens à vouloir s’y intéresser. Il y a grande chance que lorsque tu regardes un film comme La Glace et le Ciel, par la suite tu ailles regarder les contenus du programme pédagogique en ligne.

A partir du moment où tu as une vidéo d’animation, un court métrage, un livre, un documentaire télé, un film qui te touche, ton cerveau va mémoriser cette sensation, ce qui peut t’amener par la suite à faire des liens avec d’autres situations. Cela éduque sans donner de leçon.

En tant que citoyenne, quelles sont tes actions quotidiennes pour la préservation de l’environnement ?

J’essaye de ne pas prendre de moyens de transport motorisés, je prend un maximum le vélo. Après je prône une alimentation locale, je regarde les origines des aliments, favorise la consommation de produits biologiques. Je limite ma consommation de viande et de poisson à une à deux fois par semaine. Quand j’ai travaillé aux États-Unis j’ai trop vu d’élevage intensif. C’est assez effrayant la consommation d’énergie qu’il nous faut pour amener un steak dans son assiette.

Sinon j’en parle énormément autour de moi à mes amis, ma famille, pour leur expliquer pourquoi j’ai choisi de travailler dans cette ONG et non pour des multinationales qui utilisent la nature sans penser à la préserver. J’aurais pu choisir d’être ingénieur naval dans des grandes entreprises du CAC40 avec une sécurité de salaire agréable mais je n’aurais pas été heureuse. Je crois en l’homme et aujourd’hui pour protéger l’environnement il faut avant tout faire prendre conscience aux gens de l’importance du rôle de la nature dans l'écosystème de notre planète.

Un petit mot sur la COP21?

C’est un rassemblement de tous les pays membres des Nations Unis pour débattre des enjeux environnementaux actuels et notamment limiter la hausse des températures de notre planète à 2 degré. Après l'échec de Copenhague et vue la situation actuelle, il y a beaucoup d’attente, les experts parlent de COP de la dernière chance.

C’est très positif qu’elle ait lieu en France, c’est l’occasion d’avoir un levier et une raison encore plus forte de parler d’environnement au sein de la société française. Cette fois-ci le discours est soutenu par les politiques ce qui donne plus de crédibilité aux problématiques environnementales. Ce ne sont plus des lubies de “bobo, écolo” mais avant tout une question de survie dans les décennies à venir. Il est vital que l’ensemble de la société civile s’attaque à ce problème. Cela permet aussi à plein d’associations, d’ONGs, d’artistes et autres organismes de la société civile de prendre la parole sur cette thématique.

Cependant je ne pense pas que de grandes solutions émergeront de la COP21. Mais j'espère que les politiques seront nous donner tort. La communication de cet événement reste assez opaque pour le grand public, il n’y a pas une notion assez forte des enjeux, ça reste à mon sens élitiste.

Et demain tu fais quoi?

Au sein du Wild-Touch Lab :

* Nous sommes en train de finir le jeu de société sur l’Arctique qui sera mis en ligne en open source pour pouvoir être téléchargé par tous.

* Nous avons un projet en cours de design innovant autour d’une carotte de glace interactive pour faire comprendre aux jeunes comment retracer l’histoire du climat en analysant les bulles d’air contenu dans la glace. Faire en sorte de mettre les gens dans la peau d’un scientifique comme Claude Lorius.

* On réfléchit à un projet de street art participatif en milieu urbain qui mélange l’art d’un graffeur avec celle d’une artiste qui utilise de la mousse végétale dans ses oeuvres. Les deux artistes construiront une oeuvre commune avec laquelle les gens de l’extérieur pourront interagir en collant des morceaux de mousse pour imaginer la ville verte de demain.

* Une idée de projet nommé “Une minute en Arctique” avec une artiste qui a réalisé des interviews vidéos de scientifiques de différents pays. Sur ces vidéos elle a imaginé une animation qui prend vie sur l’interview initiale et qui raconte une autre histoire. A partir de son travail existant, on réfléchit à transformer le tout en une sorte de conte Inuit animé par de la vidéo et du dessein.

Quel endroit du monde t’a le plus époustouflé ?

L’Arctique. Je suis allé en Arctique au Sptizberg à l’est du Groenland, pour me former une année en océanographie polaire. Dans cette immensité blanche on se sent démuni et impuissant face à l’hostilité de la nature qui est en même temps sublime, si belle et puissante.

C’est cette aventure polaire qui m’a poussé à faire mon métier actuel. Je me sens obligée de protéger cette si belle nature, et j’ai besoin de me lever le matin en me disant que je vais consacrer tout mon temps et toute mon énergie à une cause qui a du sens.

“On protège mieux ce que l’on aime” ;)

Medium ac3Anne-Claire en Arctique