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L'équipe Wild-Touch : portrait d'Arnaud Thorel, directeur de production

23 septembre 2015

Arnaud est directeur de production. Chez Wild-Touch, avec son équipe, il donne vie aux scénarios des réalisateurs en organisant les différents tournages des projets La Glace et le Ciel.

Peux-tu nous présenter ton métier ?

Je suis directeur des productions chez Wild-Touch, j’organise avec l’équipe de production tous les tournages. D’abord embaucher les gens, faire les déclarations d’URSAF, leurs contrats, les payer, indiquer quel est leur travail sur chacune des missions qu’on leur confie... Puis au sein même des tournages organiser tout ce qui est logistique, le transport pour aller sur le lieu de tournage, le transport en interne pour déplacer les équipes et le matériel, réserver les hôtels pour que tout le monde puisse dormir etc … En général on aide les régisseurs, dont c’est la tâche, sauf sur certains projets où l’on doit s’en charger totalement.

Les régisseurs sont les personnes qui au sein d’une équipe de tournage sont rattachés à la production pour organiser tout ce qui est transport, logistique personnelle, nourriture et contact sur place au sein même du set de tournage. La production va gérer tout ce qui est contrat, gestion, organisation et préparation en amont. Les régisseurs sont les personnes de terrain qui vont mettre en place le plan établi par la production.

Le réalisateur indique ses envies à la production qui, en fonction du budget dont elle dispose va les adapter de manière à pouvoir les réaliser.

Nous travaillons actuellement sur le méta-projet qui accompagne le film La Glace et le Ciel et de manière plus générale pour toute la structure Wild-Touch. Le film, le programme pédagogique, une vidéo d’animation, un film documentaire…. on est sur tous les fronts. C’est là que réside tout le challenge chez Wild-Touch ! Apprendre à gérer son emploi du temps devient alors crucial. Quand les quatre projets partent en tournage en même temps, il faut un suivi très rigoureux et régulier.

Sur le méta-projet La Glace et le Ciel nous sommes plus ou moins nombreux. Par exemple, pour la pédagogie, il y avait une réalisatrice, une monteuse, une assistante monteuse et un régisseur pour nous accompagner dans l’organisation. Cela requiert une équipe de deux à trois personnes à plein temps de notre côté en production. En sachant que de manière générale, nous sommes une équipe de trois personnes : un directeur de production, un chargé de production et une assistante de production. Après ce n’est pas une configuration définie, on pourrait être quatre sur bien des projets, mais chacun a sa propre configuration d’équipe. La différence chez Wild-Touch, c’est que quel que soit la place dans l’équipe, on touche un peu à tous les projets !

Pour le film La Glace et le Ciel c'était une autre affaire, on avait une équipe de cinéma. Par exemple pour le tournage des grottes de glace à Chamonix, nous étions environ une trentaine. L’avantage de ce type d’équipe, qui reste réduite, c’est que l’on partage beaucoup plus de choses entre nous, ce n’est pas une grosse machine avec 100 personnes sur le plateau. Et encore, les équipes de cinéma sont encore plus conséquentes aux États Unis (rire). Ils ont toujours trois personnes pour un poste. En France on a l’habitude d’avoir des postes un peu plus resserrés, un peu plus complets, avec toujours ce principe de chef de poste qui représente et gère sa propre équipe en étant rattaché à la réalisation et à la production selon les situations. Ce principe fait que tu peux déléguer à tes chefs de poste une indication qu’ils vont ensuite transmettre à leur propre équipe, on ne gère pas leur équipe à leur place. Il faut voir la réalisation et la production comme une hydre à deux têtes, qui prennent ensemble les décisions. Pendant le film j’ai eu le rôle de chargé de production qui assiste, sur la logistique, le directeur de production.

Quelles sont les qualités requises pour ce métier ?

Déjà, à mon sens, une qualité requise pour tous les métiers du monde d’ailleurs, est d’avoir un tant soit peu d’humanité parce qu'on traite en direct avec les équipes. On est tous au service du réalisateur pour le guider afin de l’aider à créer et à faire naître ce qu’il a dans la tête. Il faut donc avoir un sens de compréhension et d’empathie. Savoir s’adapter rapidement à différentes situations puisque d’un réalisateur à un autre on ne retrouve pas les mêmes univers, les mêmes demandes et les même requêtes. Il faut être curieux, aller au-delà des ordres que l’on reçoit, se demander pourquoi, comment et dans quel but. D’une certaine manière on participe aussi au processus créatif de l’oeuvre dans le sens où l’on cherche à la définir le plus possible. On aide le réalisateur à décrire ce qu’il a dans la tête pour pouvoir ensuite le produire derrière, le réaliser exactement comme il l’imagine.

Au-delà du côté humain il faut avoir le sens de l’organisation, notamment dans un contexte où l’on se trouve à gérer plusieurs projets à la fois.

Il faut aussi avoir de l’endurance, de la ténacité, savoir encaisser les coups dans le sens où lorsque tu organises un tournage, tout est voué à changer à la dernière minute. Pour des conditions météo, des considérations personnelles, une autorisation qui n’aboutie pas, des acteurs ou des figurants qui ont des problèmes, etc… Le planning parfait n’existe pas, en théorie oui mais dans la pratique jamais.

Pour reprendre l’exemple des grottes de glace de Chamonix, le planning a changé une bonne dizaine de foi avant le départ et ce jusqu'à deux jours avant de partir. Nous avions eu seulement un mois de préparation puisque le tournage nous est tombé très rapidement dessus. La gestion du stress est aussi très importante, même si ce n’est pas toujours facile.

Tout est question d’adaptation envers les autres puisque les gens n’auront pas le même investissement que vous. C’est-à-dire qu’en production comme en réalisation, on peut passer beaucoup de temps à plancher sur un projet, essayer de le faire naître au mieux. On ne compte pas forcément les heures. Et en même temps on travaille avec des métiers qui prennent beaucoup plus en compte leurs horaires ne serait-ce que parce que physiquement, ils ne pourraient pas tenir s’ils donnaient 12h00 de leur temps tous les jours...

Du coup on a un peu le côté créatif et production qui ne compte pas ses heures et le reste des effectifs qui ont des horaires précis et organisés pour des raisons logiques évidentes, et cela s’ajoute alors au reste des contraintes du tournage. Cela créé des rapports humains particulier qu’il faut pouvoir orchestrer. On est toujours confronté à des gens qui n’ont pas la même vision de leur travail que les autres, qui n’y passent pas le même temps, qui n’ont pas la même implication non plus. Il faut savoir jongler avec tout ça. Ça reste à la fois un enjeu humain et financier.

Qu’est ce qui te passionne dans ce métier ?

Cette envie d’aider la création, de vouloir donner vie à quelque chose qui sort juste de la tête de quelqu’un et de tout tenter pour faire aboutir le projet. Le fait de participer à une oeuvre qui à la fin ne sera plus celle du réalisateur mais le résultat d’un travail collectif.

Medium arnaudMontage photo par Arnaud

Quel est ton rôle au sein du méta-projet La Glace et le Ciel ?

Pour La Glace et le Ciel, je suis arrivé chez Wild-Touch l’année dernière, donc le film de Luc Jacquet était déjà bien avancé. On a poursuivit la route ensemble pour accompagner les derniers tournages, à Chamonix dans les grottes de glace, ainsi qu’au Portugal.

Sur la pédagogie, il a fallu suivre tous les tournages, dont une partie avait déjà commencé. Avec la production nous avons accompagné la réalisatrice Sarah Del Ben dans les tournages, géré la post-production pour maintenir nos délais, ce qui n’a pas toujours été le plus évident mais qui fait partie du challenge. En général lorsqu’on respecte des délais de livraison, c’est qu’on les dépasse mais pas trop (rire)!

Il y a également le documentaire télé Les Enfants de l’Anthropocéne, réalisé pour la chaîne Planete+, co-produit par Paprika et Wild-Touch. Nous avons mutualisé les compétences pour permettre au projet d’exister et en même temps la complémentarité des compétences a permis de pousser le projet vers le haut. Pour Les Enfants de l’Anthropocène, à la différence des autres tournages, j’étais présent dès le début, dès l’écriture et la pré-production.

J’ai établi un devis ligne par ligne afin de mettre en place un budget global, pour ensuite le transmettre avec le scénario aux chaînes, puisque ce sont elles qui vont investir. Ensuite, il y a toute la préparation et la gestion de pré-production, c’est à dire cibler à quelle période peuvent se faire les tournages en fonction de ce que veut le réalisateur, des pays concernés, du moment idéal pour le faire, en terme de météo ou de gestion d’événements, ou de personnes présentes sur place...

Que représente Wild-Touch pour toi ?

J’ai travaillé avec plusieurs sociétés de production différentes. Je pense que la plus grande force de Wild-Touch, ce pourquoi je suis là, c’est à la fois le message qu’elle transmet, la passion qu’elle y met ainsi que les valeurs qu’elle promeut à travers tous ses projets : faire de chaque projet une oeuvre qui va vivre d’elle même pour se transmettre au plus grand nombre dans un but pédagogique, scientifique, communautaire, avec des valeurs de sensibilisation sur la beauté de la nature et l’importance de la préserver.

Ces valeurs ne sont pas “surfaites”. On ne surfe pas sur la vague du “green” dans le but de faire de l’audimat. On le voit à l’heure actuelle avec la réalité économique et climatique, on ne peut pas faire autrement que de se poser des questions, et c’est ce que fait Wild-Touch : poser des questions, apporter des réponses sur celles que l’on connaît déjà, ce qui permet alors d’en poser d’autres, afin d’agir et d’aller plus loin dans la réflexion. C’est pour moi l’un des fondements principaux, et ce pourquoi je travaille aujourd’hui ici.

Comment le projet multimédia La Glace et le Ciel peut pousser, selon toi, les gens à changer leur mentalité pour vivre plus en harmonie avec leur environnement ?

Pour moi il suffit de pas grand chose. Il y a beaucoup de réalisateurs qui pensent à très juste titre que si leur film touche une seule personne et que la vie de cette personne change de manière positive, alors ils auront réussi.

Ensuite, c’est en permettant aux gens de comprendre comment fonctionne le monde qu’ils vont se poser des questions sur leur propre impact en terme d’environnement. C’est comme un livre de connaissance qu’on donne aux gens et leur disant : “voilà quelques réponses à des questions qui nous semblent vitales de se poser au vu de la situation actuelle”.

Un petit mot sur la COP21?

Sans Wild-Touch je n’aurais pas forcément eu une telle connaissance de la COP21, j’ai un certain intérêt sur tout ce qui nous concerne en matière de climat, la COP21 est un événement important, mais je ne l’aurai pas suivi à ce point, ça serait resté un rassemblement politique comme les autres. Même après avoir été sensibilisé au sujet pendant plus d’un an, je continue malheureusement à avoir un regard assez négatif dessus. Non pas dans son existence propre et dans son résultat mais j’ai plutôt l’impression que le changement ne se passera pas par la COP. Pour moi c’est tout ce qui se passe à côté et tout ce qui est en train de naître aujourd’hui autour de ce genre d’événements qui fera la différence. Les gens commencent à s’emparer de la problématique du changement climatique et de sa gestion humaine à grande échelle. Le point positif c’est que la COP va surtout permettre de faire vivre le débat et de montrer toutes les créations et les moyens d’expressions qui sont créés un peu partout dans le monde autour des questions climatiques et plus largement environnementales.

Et demain tu fais quoi?

Dans la vie il y a plusieurs opportunités que l’on peut être amené à saisir mais il ne faut jamais oublier ses objectifs. De base j’ai une formation de réalisation, et non de production. Cette formation de réalisation est toujours vivace, je vais donc m’orienter pour être plus dans le côté créatif que dans la partie technique et organisationnelle. J’ai appris énormément en production, que j’ai choisi pour deux raisons : apprendre à organiser des projets - cela permet d’avoir une vue d’ensemble techniquement et financièrement - et savoir ce qu’une idée va impliquer comme action sur le terrain et comment les équipes vont le vivre. Quand on a fait de la production on sait ce que chaque ligne d’une histoire va impliquer en terme d’effectifs etc …

Je vais travailler sur l’écriture de scénario, pour mes propres courts métrages, mais aussi des nouvelles, des romans, toujours dans l’idée d’histoires, de porter des valeurs, des envies, des passions et de donner envie aux gens de vivre des aventures pour les vivre avec eux. C’est vraiment ce qui me pousse, qui me passionne plus que tout.

Derrière j’ai aussi une boite de production, Along Production, avec Antoine Barbaroux qui travaille lui aussi chez Wild-Touch en tant que chargé de production. Chez Wild-Touch c’est moi le boss, et chez Along Production c’est l’inverse. (rire)

Chez Along Production, nous accompagnons des réalisateurs dans leurs projets, on fait des films institutionnels et tout type de productions tant que celles-ci nous permettent à tout les deux d’apprendre, de connaître différentes personnes, de bosser avec différents univers. On travaille sur un long métrage en ce moment, qu’on avait déjà commencé par le passé. Nous venons de reprendre la suite de ce projet.

25 ans et un film qui clôture le prestigieux festival de Cannes avec ton nom au générique, ça fait quoi ?

C’est génial pour le film mais personnellement je ne m’associe pas forcément aux valeurs que le festival de Cannes représente. Je suis ravi que le film de Luc ait été sélectionné à Cannes, c’est une belle occasion de pouvoir faire parler d’un film qui alerte en partie sur la problématique du changement climatique et donc de toucher le plus de monde possible. Au final ça reste un nom au générique et je ne m’y attache pas plus que ça, c’est l’oeuvre qui compte avant tout.

Quel endroit du monde t’a le plus époustouflé ?

Pour le moment, les grottes de Chamonix qui ont été un décor fabuleux, avec en prime un baptême d’hélicoptère pour amener Claude Lorius, le héros du film, sur le terrain. Les grottes étaient magnifiques, on a rencontré plein de gens super sympas, c’est aussi cela les plaisirs des tournages. On rencontre des gens qui ne toucheront jamais rien pour avoir aidé sur le film mais vous auront aidé de tout leur coeur, à leur manière.