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Sarah Del Ben

L'equipe Wild-Touch : portrait de la responsable éditoriale Lorette Faivre

12 août 2015

Lorette est responsable éditoriale chez Wild-Touch. Elle a travaillé sur la rédaction des contenus des programmes pédagogiques autour des films “Il Était Une Foret” et “La Glace et le Ciel”, et finit en ce moment même une biographie sur la vie du glaciologue Claude Lorius.

Peux- tu nous présenter ton métier ?

Depuis mon arrivée chez Wild-Touch, j’ai eu plusieurs casquettes : de l’éditorial à la communication en passant par le web ou le commissariat d’exposition... Sur ce projet en particulier, « La Glace et le Ciel », ma mission a été éditoriale. J’ai particulièrement travaillé sur le volet pédagogique et le livre qui accompagnera la sortie du film en octobre.

Qu’est ce qui te passionne dans ce métier ?

Ce qui me plaît c’est de mener à bien un projet de A à Z. D’en imaginer le contenu, de le structurer, le suivre tout au long de sa réalisation, le réaliser tout ou partie, et voir le résultat. C’est encore plus excitant dans le cadre d’un livre où tu as au final un objet dans les mains, un bel objet qui se garde, se feuillette, se partage, se prête, s’offre !

Dans le cadre du programme pédagogique sur le climat, nous avons travaillé en équipe. Nous avions comme base une superbe histoire, idéale pour entraîner les enfants – mais aussi les adultes ! - sur la thématique du climat. Mais comment expliquer le climat, quels mécanismes animent la grande machine climatique ? Il a d’abord fallu ingurgiter nous-mêmes des tonnes de connaissances sur ces sujets là, pour pouvoir en extraire les clés essentielles. C’est un des aspects du métier que j’adore : plonger dans une thématique et la creuser de fond en comble ! On a aussi eu la chance de rencontrer de grands scientifiques, spécialistes des domaines qui nous intéressaient : les glaces, les océans, l’atmosphère… Le privilège d’avoir l’information à la source ! L’exercice le plus difficile arrive après : retranscrire ces informations complexes à travers des histoires, des images, des mots simples. Sans pour autant tomber dans le piège des raccourcis ou des imprécisions : la science ne supporte pas l’inexactitude. C’est parfois un vrai casse-tête, mais c’est passionnant !

Pour le livre, c’était un nouvel exercice pour moi : la biographie. C’est incroyable de plonger dans la vie de quelqu’un, d’en retracer le parcours, les personnes rencontrées… On se rapproche de l’enquête ! Parfois il manque un élément, il faut trouver la ou les personnes capables de nous raconter la pièce manquante. Si j’en ai l’occasion c’est un genre sur lequel j’aimerais retravailler.

Que représente Wild-Touch pour toi ?

Wild-Touch c’est très particulier pour moi, j’ai commencé ma vie professionnelle dans l’association au moment où la structure démarrait. J’ai un peu l’impression qu’on a débuté ensemble !

Il y a plusieurs choses auxquelles j’adhère vraiment dans la philosophie de Wild-Touch, et par extension dans celle de Luc Jacquet, car les deux sont intimement liées. La première c’est la confiance absolue qu’on nous accorde tout de suite. On se retrouve immédiatement avec d’importants projets en main. C’est une grande chance !

Je respecte aussi énormément cette envie de donner la parole à de grands scientifiques. Francis Hallé, Claude Lorius ont eu des vies incroyables, ont révolutionné leurs milieux scientifiques. Je trouve très beau de leur offrir un espace comme celui-ci, pour eux et leur sujet d’étude. Et pour finir, la dimension plurimédia est une approche qui m’intéresse et à laquelle je crois. Aborder une même thématique sur différents supports, trouver la façon de raconter la plus adaptée à tel ou tel médium, essayer de toucher les sensibilités de chacun.

La différence entre Wild-Touch et les autres associations environnementales, c’est sa façon de s’exprimer et de sensibiliser les gens. Certaines font des actions coup de poings, sortent des campagnes chocs, vont sur le terrain, montent des programmes de protection, de conservation… Wild-Touch est dans la sensibilisation par l’émotion, trouver les mots, les images, les médias qui touchent, passer par différents supports pour essayer de toucher la sensibilité du plus de personnes possible. Son objectif serait plutôt l’étape qui se situe avant l’action : émerveiller pour donner envie de protéger, pour éveiller les consciences. Pour moi, Wild-Touch peut être le premier pas qui mène à l’action.

Medium lorette 1Photo Coralie Jourdin

Comment le projet multimédia “La Glace et le Ciel” peut pousser les gens à changer leur mentalité, pour vivre en harmonie avec leur environnement ?

Cela serait utopique de penser qu’on peut changer les choses avec un projet. Je crois plutôt que c’est l’addition de milliers d’initiatives qui va finir par faire changer les mentalités. On est dans une drôle de période, pris entre des comportements ahurissants – les usines qui continuent à rejeter des horreurs dans les rivières, les firmes pétrolières qui pompent toujours plus de pétrole alors que c’est une ressource qui disparaît, les gens qui consomment à outrance… - ; et de l’autre côté on sent un mouvement, un bouillonnement qui prend de l’ampleur, avec des entreprises qui se responsabilisent, qui montent des filières éthiques, des gens qui veulent consommer responsable, qui limitent leurs déchets, des jardins partagés qui se développent au coeur des villes, des initiatives de recyclage, de partages de matériel, d’électroménager... Ces initiatives là sont réjouissantes !

A travers le film, les livres, le jeu, le programme pédagogique, le documentaire télé, ce projet pourrait être un déclic pour certains et renforcer chez d’autres la conviction et l’envie de changer.

En tant que citoyen, quelles sont tes actions quotidiennes pour la préservation de l'environnement ?

C’est très difficile au quotidien d’être en accord parfait avec ses principes… On est vite rattrapé par nos contradictions. Avoir envie de vert et de campagne par exemple mais vouloir privilégier les transports en communs plutôt que la voiture… C’est aussi parce que notre société est construite sur un certain modèle, fondé sur les énergies fossiles, le gaspillage etc et c’est compliqué d’en sortir radicalement sans devenir marginal. J’ai essayé d’attraper quelques habitudes plus responsables et de m’y tenir : voyager autant que possible sans prendre l’avion, éviter au maximum la voiture, manger de saison et local, privilégier l’achat en vrac pour éviter les emballages… Des petits gestes peu contraignants mais qui demandent de nouveaux réflexes.

Un petit mot sur la COP21?

« La COP de la dernière chance »… On croise les doigts ! Je n’ai pas beaucoup d’attente autour de ces conférences internationales. Le résultat est toujours décevant, voire désespérant. Mais peut-être que celle-ci sera la bonne : les pays doivent présenter des objectifs précis et une feuille de route pour les réaliser, le Pape a publié son encyclique sur l’environnement, les régions, conseils généraux… communiquent sur le réchauffement climatique et la protection de l’environnement. Donc quel que soit le résultat, elle aura au moins le mérite d’avoir fait parler de ces problématiques. Ce qui m’inquiète un peu c’est de voir que la plupart des gens autour de moi, non convaincus ou moins sensibilisés, n’ont jamais entendu parler de la COP21… Mais au fond, je reste convaincue que de tels changements de société ne peuvent pas arriver des gouvernements. Ils peuvent prendre des mesures pour limiter les dégâts, engager des changements énergétiques etc mais j’ai l’impression que ce sont les initiatives venant d’en bas, des citoyens qui permettront un changement profond des mentalités et qui forceront les sociétés à évoluer.

Et demain tu fais quoi?

Deux choses me tiennent à cœur, l’écriture et l’environnement, je vais poursuivre ça, en continuant de mêler les deux autant que possible. Ensuite j’ai envie de vert ! Je ne sais pas encore comment ça va se concrétiser, peut-être par un potager, une initiation à l’herboristerie, un stage en permaculture, on verra ! Après deux ans à parler de climat, de personnes qui commencent à changer les choses, qui se mobilisent, qui innovent, inventent, changent, j’aimerais parler un peu moins et faire un peu plus. Je réfléchis aux projets qui me permettront de cumuler tout ça.

Quel endroit du monde t’a le plus époustouflé ?

C’est sans aucun doute l’Islande. Je me suis retrouvée en contact avec une nature toute puissante. Là-bas où sent la Terre bouillir sous nos pieds, au sens propre comme au figuré ! J’ai découvert des paysages que je n’avais jamais vus de ma vie : d’un côté de grandes plaines vertes fluo ; de l’autre des langues glaciaires, des icebergs, le contraste des couleurs est saisissant. L’explosion d’un geyser, le craquement d’un iceberg qui se disloque et résonne… Ce sont des expériences incroyables !

Medium lorette 2Photo Sarah Del Ben